Stop Prostitution Etudiante

Sugar Daddy Sugar Baby

« En Belgique et en France, près de 50 000 étudiantes se prostitueraient pour pouvoir poursuivre leurs études. » Cette information, révélée lors du mouvement contre la loi d'« égalité des chances », a pour objectif d'attirer l'attention du gouvernement sur la « réalité étudiante ». Dans ces revendications, sont mises en avant les conditions de vie difficiles que connaissent actuellement un certain nombre d'étudiantes (rareté et cherté des logements, fins de mois très serrées, difficulté à mener de pair travail salarié et travail universitaire, etc.).

Sugar Daddy et Sugar Baby étudiante à l'heure d'Internet

Les médias (presse et télévision) s'emparent de l'information, visibilisant ainsi la problématique de la précarité économique des étudiantes sous un angle racoleur. Curiosité, surprise, indignation, incompréhension, scepticisme, fantasme… Le sujet de la prostitution étudiante avec les sugar baby et les sugar daddy fait son entrée sur la scène publique, provoquant débats et réactions.

grâce au smartphone et internet la prostitution étudiante est discrète

Dans nos sociétés, la prostitution – quelle que soit sa forme – demeure une pratique fortement stigmatisée et l'image de la prostituée reste, dans l'imaginaire collectif, souvent associée à une personne « en marge » parce que « désespérée au point de vendre son corps ». Ainsi, lorsqu'il s'agit d'étudiantes, le malaise s'accroît. L'image que nous avons de la prostituée – une femme étrangère attendant le client sur le trottoir – apparaît comme étant incompatible avec les représentations que nous nous faisons de nos étudiantes. Pourtant, la prostitution étudiante est une réalité qui existe bel et bien dans notre pays. Mais alors, comment se fait-il qu'en France, grande puissance mondiale dont le système éducatif – bien que critiqué et critiquable – est souvent cité en exemple, certaines étudiantes se prostituent ?

Si à ce jour aucune étude sérieuse n'est en mesure de chiffrer l'ampleur du phénomène – à ce propos, le chiffre des « 50 000 » ne repose sur aucun travail scientifique et reste donc une estimation –, des éléments mettent en lumière un certain nombre d'éléments sur le monde des escortes étudiantes, offrant ainsi quelques clés de compréhension sur la vaste question de la prostitution étudiante.

Prostituées étudiantes, Sugar Daddy, une réalité hétérogène

Aujourd'hui, il existe autant de sujets prostitués, que de lieux de prostitution, et de façons de se prostituer. Dans ce contexte, l'anthropologue et politologue Janine Mossuz-Lavau explique qu'il apparaît désormais plus approprié de parler des « prostitutions » (au pluriel) plutôt que de la « prostitution » « tant les situations sont diverses ». À chaque lieu (studios, bars, boîtes, Internet, salons de massage, aires d'autoroute, bois, camionnettes) correspond une réalité prostitutionnelle avec ses propres acteurs (sugar baby, sugar daddy), ses propres codes, ses propres spécificités, ses propres tarifs, sa propre clientèle, ses propres contraintes et ses propres enjeux. Les étudiantes qui se prostituent n'échappent évidemment pas à cette diversité. Ainsi, si certaines étudiantes choisissent la rue comme lieu de prostitution, d'autres racolent sur le campus ou par « petites annonces » et reçoivent leurs clients dans leur cité-U, d'autres encore se prostituent dans les alcôves des fameux « bars à hôtesses » (ou « bars à bouchon ») ou des « salons de massage », et d'autres plébiscitent Internet pour monnayer leurs prestations sexuelles. La prostitution étudiante n'est donc pas une réalité homogène puisqu'elle recouvre une diversité de formes et de pratiques.

Pour autant, la démocratisation de l'accès aux nouveaux moyens de communication tels que l'Internet et la téléphonie mobile aujourd'hui a, semble-t-il, intensifié le développement d'une prostitution « amateur » (par opposition à une prostitution « professionnelle ») et « occasionnelle », où la catégorie des étudiant(e)s présente une certaine visibilité. Parmi la multitude de visages que revêt la prostitution étudiante, la prostitution volontaire (choisie), exercée de façon indépendante (sans proxénète) et occasionnelle par des étudiantes au moyen d'Internet mérite un éclairage.

Internet et l'escort girl étudiante

En matière de prostitution, le Minitel des années 1980, avec ses célèbres « messageries roses », et désormais Internet présentent des avantages non négligeables, tant du côté des clients sugar daddy (demande) que du côté des personnes qui souhaitent se prostituer (offre). Outre le large choix et les mises à jour régulières, Internet permet à toute heure et en tout lieu de faire, à peu de frais, des rencontres discrètes en toute quiétude, car il offre « un anonymat confortable et sécurisant ». De plus, Internet rend l'action de la police évidemment plus laborieuse : « Les prostituées officiant sur le Net ne risquent pas grand-chose, car même si elles peuvent être inquiétées pour racolage, elles ne constituent pas une priorité pour la police. » Dans ce contexte, nombre d'ex-prostituées de rue et autres « anonymes » – dont les étudiant(e)s – se lancent dans cette activité à leur compte.

il est facile de trouver un sugar daddy sur internet

Sur le Net, les offres de rapports sexuels tarifés les plus visibles sont celles des « escortes ». À l'origine, l'« escorting » consiste à « escorter » un client, c'est-à-dire accompagner un homme appelé parfois sugar daddy lors de soirées, au restaurant, au théâtre. Dans ce cadre, la relation sexuelle ne fait pas partie du contrat mais reste une intention implicite, considérée comme un acte privé entre l'escorte sugar baby et son client sugar daddy. Cette ambiguïté justifie le fait que l'escorte soit souvent assimilée à une « prostituée de luxe », car elle répond à une demande spécifique. « On exige d'elle charme, beauté et distinction, mais aussi des qualités intellectuelles qui lui permettent d'accompagner ses clients, souvent des hommes socialement aisés ». Aujourd'hui, l'activité d'« accompagnement » existe toujours, par le biais d'agences surtout. Mais le terme « escorte » est désormais utilisé par l'ensemble des prostituées officiant sur le Net, et ce, quel que soit le « niveau » de leur prestation. Par conséquent, sous le vocable « escorte » se cachent des réalités diverses : « Anciennes prostituées de rue chassées du trottoir, professionnelles à l'agenda bien rempli, étrangères exploitées par des réseaux, ou encore, « belles de nuit » occasionnelles. »

Les escortes, qu'elles soient « professionnelles » ou « amateurs » comme les sugar baby, racolent et communiquent par le biais d'annonces sur des sites spécialisés ou généraux qui comportent une rubrique nommée « rencontres vénales » ou encore « rencontres pour adultes ». Ces annonces renferment essentiellement des renseignements précis relatifs aux services proposés. Nous y trouvons par exemple les mensurations de l'escorte, son âge, la région ou ville dans laquelle elle exerce, ses disponibilités, ses tarifs, et parfois un bref paragraphe détaillant ses prestations ainsi que ses « tabous ».

Un certain nombre d'escortes possèdent également leur propre site ou blog. Ces sites personnalisés, généralement basiques dans leur design et dans leur interface, se présentent souvent de la même manière. D'abord, une fenêtre s'ouvre et précise que l'internaute doit être majeur pour poursuivre son investigation. En entrant sur le site, un texte, souvent rédigé par l'escorte elle-même, dresse une présentation plus ou moins détaillée de sa personne. Certaines se contentent de se décrire physiquement, alors que d'autres évoquent leurs centres d'intérêt, leur situation matrimoniale, les raisons pour lesquelles elles se prostituent. Ce texte permet aussi à l'escorte d'exposer ses attentes vis-à-vis de la rencontre vénale et du comportement du client (conditions de rencontre, goûts en matière de pratiques sexuelles, type d'homme). Ensuite, plusieurs rubriques précisent la nature du service que propose l'escorte.

Généralement, nous trouvons la liste des prestations envisageables et celles que l'escorte se refuse à pratiquer ; les tarifs (à l'heure, à la soirée, à la nuit ou plus) ; les disponibilités (« horaires de travail ») ; et enfin la page contact où l'escorte inscrit son courriel et / ou son numéro de téléphone portable. Bien souvent, la « galerie de photos » illustre le blog et dévoile l'escorte sous différentes lumières. Nous pouvons constater que rares sont les escortes « non professionnelles » qui, dans leurs photographies, montrent leur visage. D'une manière générale, celles qui choisissent de masquer leur visage le font essentiellement pour préserver leur identité parce que leur entourage n'est pas au courant de leur activité prostitutionnelle et / ou que l'escorting n'est pas leur unique activité. Souvent, ces femmes ont une autre activité « officielle » (étudiante, par exemple) et se prostituent de façon occasionnelle (à raison de quelques rendez-vous tarifés par mois).

Escort étudiante occasionnelle

Pour ces « occasionnelles de la prostitution » – qu'elles soient secrétaires, femmes au foyer, avocates, en recherche d'emploi, étudiantes, etc. –, l'activité prostitutionnelle reste secondaire. Dans cette perspective, l'occasionnelle est généralement indépendante (elle travaille pour elle, à son compte) et l'activité prostitutionnelle relève d'un choix personnel, plus ou moins conditionné, mais d'un choix rationnel malgré tout. À ce propos, les prostituées indépendantes occasionnelles de type sugar baby sont généralement inconnues des services sociaux (c'est d'ailleurs pour cette raison qu'aucun organisme, institutionnel ou associatif, n'a d'idée précise sur ce qu'est réellement la prostitution étudiante). L'auteure ajoute que cette sorte « de prostitution volontaire est généralement motivée par l'argent, soit parce que cette activité s'avère extrêmement luxueuse et lucrative, soit parce qu'elle ne représente pour ces personnes qu'une source de revenus complémentaire ou nécessaire à un minimum vital ».

Le choix de la prostitution – la possibilité de mener une « double vie » – est sans aucun doute facilité par Internet. Aujourd'hui, nombre de prostituées débutent par Internet. Parmi elles, beaucoup ne l'auraient jamais fait sans cette opportunité « faussement » virtuelle, car la grande nouveauté d'Internet est d'ouvrir cette profession à absolument n'importe qui. Un ordinateur basique, une connexion Internet, deux / trois photos, un gros quart d'heure, et voilà, vous êtes escorte ! » D'ailleurs, c'est effectivement en surfant sur le Web que l'on tombe facilement et rapidement sur une multitude d'annonces explicites. Poussée par le besoin d'argent et la curiosité, tout en ayant le sentiment d'être « protégée » derrière son écran d'ordinateur, l'étudiante trouve sur Internet « la solution qu'elle attendait » : « du confort, et vite… ».

A priori, il peut sembler surprenant de trouver les étudiantes dans l'espace de la prostitution. Pourtant, nous savons que cette population est loin de « rouler sur l'or » et nombreux sont celles et ceux qui ont un « job » à côté de leurs obligations universitaires. De plus, la plupart des emplois offerts et compatibles avec l'emploi du temps d'une étudiante sont peu lucratifs, voire sous-payés. Par conséquent, il n'est finalement pas si surprenant de concevoir que « pour une jeune personne en situation économique fragile, la tentation est grande quand on voit le pouvoir d'attraction des sommes en jeu dans ce type d'activité ».

Qui sont les étudiantes qui se prostituent via Internet ?

Il est difficile d'établir un « profil type » de l'étudiante sugar baby qui se prostitue sur le Net. Cependant, parmi ce public, un premier constat émerge : la quasi-totalité des annonces en ligne est proposée par des jeunes filles. D'ailleurs, si l'on se penche sur les articles de presse parus sur le sujet au cours de l'année, les auteurs ne font nullement référence à une prostitution étudiante masculine. Pour beaucoup, la pratique prostitutionnelle n'est qu'« une affaire de femmes », et, par extension, la prostitution étudiante ne concernerait que les étudiantes. Certes les annonces d'étudiants prostitués sont quasi invisibles sur la Toile, mais cela ne signifie pas pour autant que la prostitution étudiante masculine n'existe pas. À ce propos, plutôt que de penser la prostitution comme n'étant « réservée » qu'aux femmes, il convient de s'interroger sur la réalité de cette différence entre les sexes. Si dans la prostitution les femmes sont sur-représentées du côté de l'offre et les hommes sugar daddy sur-représentés du côté de la demande, c'est parce que la prostitution s'ancre dans un système complexe de rapports de genre inégaux. Dans ce système, la sexualité féminine reste sous contrôle des « pulsions naturelles » des hommes.

Ceci étant dit, nous savons donc que la majorité des étudiants prostitués sont des étudiantes. De plus, d'après les différentes sources journalistiques recueillies à ce sujet, les étudiantes qui se prostituent le feraient essentiellement par besoin d'argent et parce qu'elles manquent de temps pour exercer un emploi suffisamment rentable parallèlement à leurs études. Pour expliquer le choix prostitutionnel des étudiantes, les médias mettent donc l'accent sur leur précarité économique en lien avec le coût de la vie qui ne cesse d'augmenter. C'est d'ailleurs ces raisons qui poussent l'étudiante à se prostituer. Comme beaucoup d'étudiants à l'université publique issus de la classe moyenne, le niveau de vie de l'étudiante dépend fortement de celui de sa famille. Selon les critères, ses familles ne sont pourtant pas « dans le besoin » puisque les parents occupent un emploi à temps plein et perçoivent des revenus jugés « suffisants » pour subvenir aux besoins de tous les membres de la famille. Dans la réalité actuelle cependant, même avec deux SMIC, nombre de ces familles « moyennes » doivent apprendre à se « serrer la ceinture » pour vivre décemment.

Pour autant, toutes les étudiantes « en galère financière » ne se prostituent pas ! Et toutes les escortes étudiantes n'ont pas besoin, de façon vitale, d'argent. Dans ce contexte, l'image de la « pauvre étudiante » mise en avant dans les médias est à nuancer.

Pour quelles raisons une étudiante décide de se prostituer ?

La prostitution des étudiantes est une réponse à différentes ruptures, plus ou moins marquantes, dans leur histoire de vie. Ainsi, les raisons et motivations qui les ont poussées à faire ce choix peuvent varier d'un vécu à l'autre, contribuant de fait à diversifier les profils d'étudiantes prostituées.

Pour les unes, la prostitution relève avant tout d'un but « utilitaire » – gagner de l'argent – afin de poursuivre leurs études. Pour certaines, elle incarne une sorte de « fantasme interdit » leur permettant de rompre avec des valeurs familiales traditionnelles. Pour d'autres enfin, il s'agit plutôt d'une « revanche » sur les hommes avec qui elles ont entretenu des relations gratuites. À travers ces diverses réalités, trois schémas de ruptures peuvent être dégagés : des ruptures sociales et financières, des ruptures vis-à-vis de la morale familiale, et des ruptures par rapport aux relations amoureuses gratuites avec la relation sugar baby sugar daddy. Certaines étudiantes combinent deux ou trois de ces ruptures.

Des étudiantes prêtes à louer leur corps pour réussir

Pour financer leurs études, payer le loyer ou arrondir leurs fins de mois, des étudiantes choisissent de se prostituer. Une des causes qui mènent à cette pratique est certainement liée à la paupérisation du public étudiant. À ce propos, le président du conseil de l'Observatoire de la Vie Étudiante déclare : « Depuis quelques années, nous constatons une tension croissante sur le pouvoir d'achat des étudiants. Avec la hausse des prix de l'immobilier, leurs dépenses de logement augmentent mais pas le montant des bourses. »

Selon le rapport sur la précarité économique des étudiants, 100 000 élèves de l'enseignement supérieur vivent sous le seuil de pauvreté établi à environ 650 euros par mois et par personne. Pour l'OVE, ils seraient plus de 45 000 à vivre aujourd'hui dans une situation de très grande pauvreté, et 225 000 peineraient à financer leurs études. Il convient de rappeler que cette paupérisation touche une certaine catégorie d'étudiants, à savoir ceux que leurs parents ne veulent ou ne peuvent pas soutenir financièrement, et qui doivent en conséquence se débrouiller seuls – ou quasiment – pour subvenir à leurs besoins et poursuivre leurs études.

être étudiante coûte cher et l'aide financière d'un sugar daddy aide pour les fins de mois

Les escortes étudiantes issues des classes populaires ou moyennes connaissent, dans leur vie actuelle d'étudiantes, un certain nombre de manques sociaux et financiers qui compromettent – de façon plus ou moins forte – la poursuite de leurs études supérieures. Or pour ces étudiantes, la réussite scolaire est primordiale. Outre la gratification personnelle, le fait de poursuivre des études supérieures leur offre la possibilité d'asseoir leur ambition – à savoir « devenir quelqu'un » – et de s'assurer un style de vie plus « confortable » que celui qu'elles ont connu dans leur famille. Cependant, ni ces étudiantes, ni leurs familles ne possèdent les ressources financières suffisantes pour répondre pleinement à cette ambition. Dans ce contexte, la prostitution se révèle être une alternative pour pouvoir « poursuivre ses rêves ».

De nombreux auteurs s'accordent pour considérer que les étudiants ne sont pas égaux quant au financement de leurs études, et que les atouts – économiques notamment – dont bénéficient les jeunes des milieux aisés, et qui font défaut à ceux issus de milieux moins favorisés, engendrent un accès inégalitaire aux études supérieures. L'État, conscient de cette « inégalité des chances », a mis en place un dispositif permettant d'aider financièrement certains jeunes (bourses sur critères sociaux, bourses au mérite, allocations logement, etc.), leur offrant ainsi un « outil fondamental pour l'ascenseur social ». Cependant, ce système n'est évidemment pas sans faille (rappelons que beaucoup d'étudiants n'ont pas le droit aux bourses) et ne couvre que partiellement les besoins des étudiants. Sur cinq ans, les dépenses obligatoires – frais d'inscription, Sécurité sociale, logement, repas au restaurant universitaire, etc. – ont augmenté de 23 % alors que les bourses universitaires et l'allocation logement n'ont augmenté que de 10 %. Devant cet état de fait, il est impératif pour de nombreux étudiants d'avoir une activité rémunérée à côté de leurs études.

L'année passée, 45,5 % des étudiants français ont exercé une activité rémunérée pendant l'année universitaire (en dehors des vacances d'été). Avoir un « job étudiant » handicape pour mener correctement ses études avec une fatigue perpétuelle. Cette réalité fait écho aux travaux menés par l'Observatoire de la Vie Étudiante qui mettent en avant que l'exercice d'une activité rémunérée en parallèle des études accroît « les risques d'échec ou d'abandon » . Ces risques résultent de la concurrence – en termes de temps notamment – qui s'exerce entre le « job étudiant » et les exigences du travail universitaire. C'est d'ailleurs dans ce contexte qu'il faut, selon l'OVE, inscrire et comprendre la notion de précarité étudiante. De ce point de vue, la prostitution permet aux étudiantes issues de milieux sociaux plus modestes de poursuivre leurs études dans des conditions matérielles favorables – les besoins quotidiens tels que le loyer ou la nourriture sont assurés – tout en leur laissant suffisamment de temps pour travailler leurs cours et espérer ainsi réussir leur année universitaire.

Si la stratégie semble logique, on peut toutefois s'interroger sur le prix que doivent payer ces étudiantes des classes moyennes et populaires pour accéder aux études supérieures et en sortir diplômées. Manifestement, l'ascenseur social et les chemins de la « réussite » sont loin d'être égalitaires pour tous !

Des étudiantes pour un fantasme sans tabou moral

Pour certaines étudiantes, la prostitution ne relève pas directement d'un besoin d'argent, mais plutôt d'une volonté de rompre avec les valeurs traditionnelles familiales et d'assouvir un « fantasme interdit ».

Aujourd'hui, même si la sexualité n'est pas « libre », elle est perçue comme étant, a priori, de moins en moins codifiée. À ce propos, la génération des parents a désormais renoncé à fixer des normes restrictives aux jeunes. La possibilité de vivre « une vraie jeunesse » s'est peu à peu généralisée, et l'« autonomie privée » de ces jeunes est globalement acceptée. Dans ce contexte, les parents ne condamnent plus le fait que leurs enfants aient une vie amoureuse active – celle-ci pouvant même se dérouler parfois sous leur toit. Évidemment, ce constat n'est pas valable pour l'ensemble des familles contemporaines. Certaines conservent des valeurs traditionnelles – liées à la morale religieuse – et marquent un contrôle plus exacerbé de la sexualité de leurs enfants.

Dans ces familles conservatrices, l'entrée des jeunes dans la sexualité se fait sous le regard attentif et sous le contrôle de la parenté (et des aînés éventuellement). Les parents fixent les règles selon lesquelles leurs enfants – notamment les filles – peuvent accéder à cette activité statutaire de la maturité. Dans ce contexte, les fréquentations et les sorties des enfants – à l'adolescence principalement – sont souvent fortement contrôlées par les parents. De même, le thème de la sexualité demeure tabou et est rarement mis en avant dans les discussions familiales.

Pour les étudiantes évoluant dans ce type de famille, la prostitution est envisagée comme un moyen de s'émanciper des valeurs et des normes familiales et la relation sugar baby sugar daddy est une provocation. En se prostituant, ces étudiantes se démarquent du modèle parental, affirmant ainsi leur désir d'autonomie vis-à-vis des leurs. Dans cette perspective, elles veulent être actrices de leur vie – leur vie intime en tout cas – et participer à la construction de leur identité personnelle.

Etudiantes déçues par l'amour qui cherchent une relation utile

Pour certaines étudiantes escortes, la prostitution est un moyen de combler un manque affectif et sexuel. Souvent, ces jeunes femmes ont été déçues par leurs précédentes unions amoureuses et « relations gratuites », dans lesquelles elles ont le sentiment de ne pas avoir été considérées à leur juste valeur. Elles se sont en effet « offertes gratuitement » à des hommes qui n'ont pas su répondre à leurs attentes d'engagement et de reconnaissance mutuelle. Dans ce genre de relations, elles se sont senties « trahies », « abusées », car le respect et la considération pour elles-mêmes demeuraient absents.

Pour autant, ces étudiantes souhaitent conserver une activité sexuelle, et améliorer leur sexualité par l'apprentissage de nouvelles pratiques et expériences. Dans ce contexte, leur pratique prostitutionnelle prend sens. L'argent dans le rapport sexuel permet de clarifier la situation. Ces escortes étudiantes savent que les rencontres dans le cadre de leur prostitution ne dépassent pas les termes du « contrat », et qu'il est vain d'espérer « une histoire » au-delà du rendez-vous vénal. C'est typiquement le cadre de la relation sentimentale et sexuelle entre le sugar daddy et la sugar baby. Elles peuvent ainsi vivre intensément la rencontre et se focaliser sur leur propre plaisir sexuel, sans se soucier de l'après.

Rencontre escort girl étudiante

Quelles que soient les raisons et motivations qui conduisent des étudiantes à se prostituer, cette pratique ne peut être considérée comme un acte anodin et des mésaventures sont possibles. De même, si ce choix est personnel, il s'inscrit toutefois – comme tout choix – dans un contexte particulier. On ne se prostitue pas par hasard. Le besoin d'argent, le désir d'évasion, ou encore la déception vis-à-vis des rapports amoureux, ne suffisent pas à eux seuls à expliquer le fait que certaines étudiantes se prostituent.

Il existe un « terrain de base » où « germent » un certain nombre de dysfonctionnements – liés à l'histoire personnelle et sociale des individus – et qui amènerait certains jeunes à la prostitution. Cette enquête montre que les « dysfonctionnements » sont d'ordres variés et s'auto-influencent. Il peut s'agir notamment d'« accidents » (violences physiques, morales et sexuelles), de problèmes d'identité, d'un certain isolement social, d'une fragilité psychologique, d'une disqualification sociale de la famille d'appartenance, de représentations sociales déformées des modes de réussite, ou encore, du fait d'avoir – dans son réseau – des connaissances appartenant au milieu de la prostitution.

Le choix prostitutionnel n'est donc pas le fruit d'un seul élément, mais plutôt d'une combinaison de diverses ruptures – plus ou moins marquantes – personnelles et sociales. Paradoxalement, la prostitution devient pour certaines une alternative qui donne sens à leurs pratiques et choix de vie. Le « passage à l'acte » des étudiantes dans la prostitution s'inscrit dans un contexte particulier, à un moment particulier de leur vie. Si cette activité leur permet de se sortir d'une situation « difficile », elle n'est pas sans conséquences. À ce jour, aucune étude n'existe pour suivre le parcours de ces personnes et constater les conséquences – individuelles et sociales – que pourraient avoir ces pratiques sur le long terme.

Dans notre société, le thème de la sexualité est encore largement tabou et reste empreint de croyances et stéréotypes sexistes qui emprisonnent les femmes comme les hommes dans des rôles sexués différenciés et hiérarchisés. La pudeur, la possibilité de la continence sexuelle, la modération, l'absence de désir, sont encore considérées comme des qualités « naturelles » des femmes. Inversement, le désir, l'agressivité, l'activité, sont définis comme le propre de l'individu masculin. Si davantage d'institutions – et d'individus – prenaient aujourd'hui en compte la dimension des rapports sociaux hommes / femmes dans leurs analyses et actions, la sexualité pourrait être alors envisagée sur un mode libertaire.